Pour être le plus petit des Etats arabes, si l’on s’en tient à la géographie, Bahreïn n’en occupe pas moins une place prépondérante, dans cette partie du monde, du point de vue de l’Histoire.


IMA : Photographies de Deyana Ahmadi
Ses origines – se confondant avec les mythes et les légendes qui ont fait de cette île un paradis où l'homme pouvait atteindre à l'immortalité – attestent dûment d'une civilisation fort évoluée et d'un Etat organisé, dès la fin du IIIe millénaire avant notre ère. Dilmoun – ainsi qu'on la nommait alors – se développa parallèlement aux civilisations de la Mésopotamie et à celles de l'Indus, créant entre elles des liens et permettant l'échange des marchandises, des savoir-faire, des idées…

Dilmoun perdura quelque dix ou douze siècles, ainsi qu'en témoignent de riches et nombreux témoignages archéologiques qui montrent bien son irréductible spécificité.
Bien des siècles plus tard, longtemps après la disparition de Dilmoun, l'île connut une nouvelle efflorescence dont l'impulsion serait donnée par les conquêtes d'Alexandre.
Cette nouvelle civilisation, d'inspiration hellénistique, la ferait connaître, cette fois, sous le nom de Tylos, et lui rendrait ce statut régional de puissance commerciale qui lui sied si bien.

Viendra l'islam ensuite qui façonnera la personnalité de cette île aux deux mers (« bahrein
», en arabe) : les eaux salées du Golfe, d'une part, qui lui procurent sa prospérité maritime et sa fortune issue du négoce et, d'autre part, les eaux douces de ses sources terrestres qui lui confèrent ce microclimat tempéré où l'homme aime à vivre et à faire croître de splendides palmeraies.

D'autres influences, encore, viendraient à se mêler, au cours des siècles, à celle, plus définitive de la culture et de la civilisation arabo-islamiques. Qu'il s'agisse de celle des Portugais, qui édifièrent les solides forteresses qui jonchent son rivage… Qu'il s'agisse de celle des marchands indiens qui hantent les souks de sa capitale… Qu'il s'agisse de celle des Anglais qui érigèrent, sur l'île, dans les années 30 du siècle dernier, les premiers derricks de la région et transmirent à maints habitants de Bahreïn la réserve et le détachement tout britanniques qui les caractérisent souvent.

C'est de cet héritage si particulièrement unique et multiple à la fois que Deyana Ahmadi a choisi de nous entretenir. C'est de ce passé nonpareil et de son influence sur le présent de son île que nous parlent ses photos.

Perspective féminine

Après des études effectuées aux Etats-Unis, Deyana Ahmadi retourne à Bahreïn et crée sa propre agence, Ahmadi Photography. Volontaire, Deyana Ahmadi réussit à s'imposer dans un domaine jusqu'ici dominé par les hommes et ne tarde pas à se forger une réputation grâce à ses activités, notamment dans les domaines de la publicité et de la photographie industrielle pour les entreprises. « Je suis rentrée au pays à contrecoeur, confie aujourd'hui l'artiste, mais en définitive, mon retour à Bahreïn a été une bonne chose pour moi. J'ai réussi à m'imposer dans le milieu.

J'excellais surtout du point de vue de la technique. Peu de gens, et surtout peu d'hommes, étaient capables de répondre à des commandes si variées et si techniques. Aujourd'hui, je suis fière de pouvoir montrer la diversité de mon travail commercial et je suis surtout fière d'être un exemple de réussite pour toutes les femmes de mon pays. »

Héritage arabe

Fortement consciente de la richesse de son héritage culturel arabe, Deyana Ahmadi consacre deux longues années à étudier les coutumes et les traditions bahreïnies. Elle constitue petit à petit une base de données sur les civilisations successives qui ont marqué le Bahreïn pendant cinq mille ans. C'est à partir de ces archives que Deyana Ahmadi travaille aujourd'hui. Selon elle, le passé permet de donner un sens aux clichés d'aujourd'hui.

Innovation

Considérée comme l'une des meilleures photographes de cette partie du monde, Deyana Ahmadi a réalisé de nombreux travaux, notamment une gigantesque fresque – commanditée par une banque – illustrant les différentes facettes de l'île, ainsi que les portraits officiels du roi de Bahreïn, Cheikh Hamed bin Isa Al Khalifa et du prince héritier Cheikh Salman bin Hamed Al Khalifa. Malgré cela, l'artiste a décidé il y a quelques années de freiner volontairement les commandes afin de libérer quelque peu sa créativité.

« Pendant douze ans, mon travail a consisté à réaliser des photos pour des agences de pub. Les contraintes commerciales étouffaient ma créativité. J'aimais la photographie mais j'étais lasse de travailler pour les autres. Un jour, j'ai eu envie de me faire plaisir», raconte Deyana Ahmadi.

Cette décision a donné naissance à un beau projet, un livre de photographies intitulé The Jewellery of Bahrain : A Profile and Portfolio of Tradition.

«Avec ce livre, j'ai voulu montrer aux gens ce que j'étais capable de faire. J'ai étudié la oaillerie bahreïnie, son histoire, les différents usages que les gens en ont faits, et les différentes significations que ces bijoux avaient pour chacun de nos ancêtres. Loin de me contenter de prendre de jolies photos, je voulais offrir à mes lecteurs la possibilité d'avoir un aperçu de l'histoire de chaque objet. J'ai donc inclus dans le livre un appendice détaillé...jusqu'à former une véritable encyclopédie».

Biographie

Issue d'une famille de notables bahreïnis, Deyana Ahmadi effectue le début de sa scolarité à l'école américaine de Bahreïn. Son intérêt pour la photographie naît dès son plus jeune âge : « A l'âge de dix ans, je jouais déjà avec les vieux appareils de photos de mon père et dès qu'on partait en vacances, je me promenais partout avec un caméscope », se souvient-elle.

A dix-sept ans, elle part faire des études de commerce — avec une option en art — à la Mount St Mary's University, en Californie. Son professeur d'art plastique repère son talent et l'inscrit au L.A. Arts Center & College of Design de Pasadena, l'une des universités de design les plus prestigieuses au monde ; elle y acquiert, au Département Cinéma et Photographie, une solide formation technique. « C'était une très grande école et j'ai eu beaucoup de chance d'y avoir été acceptée », raconte Deyana Ahmadi qui attribue aujourd'hui son sens du détail, sa créativité et son professionnalisme aux méthodes enseignées dans cette université : « Les professeurs étaient des professionnels du cinéma ou de la photographie. Ils nous encourageaient à nous dépasser ».

Après l'obtention de son diplôme, Deyana se perfectionne en travaillant pendant un an dans un studio cinématographique de Los Angeles.

De retour à Bahreïn, elle crée sa propre agence, Ahmady Photography, et se forge une réputation grâce à ses activités, notamment dans les domaines de la publicité et de la photographie industrielle pour les entreprises.

Exposition du 26 septembre au 5 novembre 2006 à l'IMA


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